La campagne une femme, un mois, une histoire : nouveau Portrait

Je suis Mme Etshumba MAVUNGU née le 12 décembre 1958. Je suis née à KINDU ville de la République démocratique du Congo, capitale de la province du Maniema. Je suis arrivée en France dans le cadre de mes études secondaires universitaires. J’ai fait des études de secrétariat avec un niveau de BTS. Je suis mariée et mère de famille. Après mes études mon premier travail était secrétaire dans une entreprise du bâtiment. Par la suite dans le même secteur, je suis devenu opératrice de saisie à Montreuil

Parlez nous de votre parcours associatif ?

Comme secrétaire j’ai été abordée par plusieurs personnes des « maisons pour tous[i] ». J’ai donc commencé à m’intéresser aux différents événements festifs pour l’intégration, qui étaient organisés par la mairie et les différents quartiers. C’est à l’occasion d’une de ces fêtes pour l’intégration que j’ai découvert le FORIM et c’est cette rencontre qui m’a motivée à entrer dans le monde associatif et de la solidarité. Nous avons donc créé l’association Soleil aux populations Vulnérables en République Démocratique du Congo qui a pour ambition la lutte contre l'exclusion sociale, l’amélioration des liens entre les institutions et les publics démunis, la facilitation du dialogue interculturel pour l’organisation des ateliers de rencontre, des sorties et aussi l’alphabétisation des adultes. Cette association permet aux participant.e.s une réelle intégration dans la société française en leur donnant les outils nécessaires pour accéder à une grande autonomie. L'association a été créée en octobre 2004 ; elle est reconnue d'utilité publique.

Dans mon quartier, nous avons fait une demande de local pour suivre et accompagner les personnes qui souhaitaient suivre des cours de soutien scolaire. Pour ce faire, j’ai suivi des formations de médiation à la maison pour tous de Noisy le grand. Cette structure nous a permis sur place d’accueillir les personnes et à les orienter dans les démarches administratives en leur procurant des cours de langues.

Nous avons bénéficié de trois locaux pour des cours d’alphabétisations, d’encadrement des femmes primo arrivantes, de 3 niveaux différents. Dans le cadre de l’accompagnement des familles au collège nous assistons aux remises de bulletin. Notre rôle est d’expliquer les lacunes des enfants en les orientant vers des structures de soutien scolaire.  

A l’international, nous avons commencé à monter des projets de développement et avons été lauréats du dispositif PRAOSIM. Dans la poursuite de nos actions dans la recherche de financement nous avons été mis en relation avec notamment l’appui de la Plateforme d’Association Congolaise de France, membre du FORIM qui est opérateur d’appui.

Racontez-nous l’histoire de vos projets au Congo ?

Dans mes déplacements en vacances au Congo, j’ai été approché par des familles pour la scolarisation des enfants à la maternelle. Tout d’abord, on leur donnait des bouillies de soja pour les nourrir ; par la suite, les parents ont voulu que j’aide à la construction d’une école maternelle. Une fois réalisée, vu le bon encrage et la bonne marche de l’école, nous avons été à nouveau sollicité pour la construction de l’école élémentaire primaire. Nous avons alors réhabilité un local, pour les 6 années de l’école primaire grâce à d’autres partenaires et en particulier avec l’aide du FORIM. Nous avons ensuite construit un collège pour permettre aux enfants de continuer  leurs cursus scolaire et cela toujours grâce à  l’appui du PRA/OSIM.

Actuellement plus de 800 élèves sont accueillis dans cet établissement scolaire qui figure aujourd’hui parmi les mieux dotés en termes d’équipements et d'enseignement de qualité. Toutefois, les élèves ne disposent d'aucune structure sanitaire de proximité. La structure sanitaire la plus proche est le Centre Hospitalier de référence situé à Moutombo, à une distance de plus 2 km. Ceci a comme conséquence un certain absentéisme des élèves souffrant de problèmes de santé et des frais de soins trop coûteux pour les parents. La création d'une infirmerie en partenariat avec le Collège Jacques Prevel de Noisy le grand a permis de faire face à cette situation en offrant les premiers soins (à proximité sans frais de déplacement) aux élèves et enseignants au sein de l'établissement. Cela leur évite de se déplacer à plus de 2 km à pied, à défaut de moyens de transport régulier, pour soigner la moindre blessure ou maux de tête. Pour des soins nécessitant l’intervention d’un médecin, l’infirmerie oriente les élèves vers l’hôpital de référence de Moutombo avec lequel un accord de partenariat a été signé pour bénéficier des tarifs préférentiels. Ainsi, le local de 30 m2, sert de salle de consultation et de dépôt de pharmacie. Il est  équipé en armoires pour les médicaments et pour les autres fournitures et matériels médicaux ainsi que de petits équipements hospitaliers. Les médicaments ont été négociés auprès des centrales d'achat proposant des génériques, plus accessibles au pouvoir d'achat local. L'infirmerie fonctionne sur la base d'un système de recouvrement des coûts permettant aux élèves et aux enseignants de l'école, d'accéder aux soins de santé primaire à moindres coûts. Les résultats qui en résultent : une meilleure santé des élèves et des enseignants, l’augmentation du taux de fréquentation de l'école et la diminution de l'absentéisme.

 

La vie associative m’a beaucoup faite évoluer. Mon travail de secrétariat ne me permettait pas de faire ce que je voulais, tandis que dans le domaine associatif si. J’en suis très fière. C’est vraiment honorifique de travailler dans le monde associatif. J’encourage les femmes à œuvrer dans le domaine associatif à condition de le faire avec sérieux.  Grâce aux différentes actions menées, je reçois des appels d’hommes politiques. Pour le moment, je me concentre sur mes actions sociales. Ce n’est pas à l’ordre jour !

Nous avons plus de 30 salariées et 100 bénévoles. Les  tarifs de l’école sont solidaires. Le taux est fixé avec les parents. Nous ne pouvons pas proposer de manière à  gratuitement pérenniser les activités.

Une demande pour l’ouverture d’un lycée a été faite mais cela est en attente. Nous souhaiterons développer nos projets. Les élèves ont de grands besoins.  Au sein l’école, nous avons une salle informatique ce qui la rend moderne.

Nous communiquons également sur le dispositif  PRA/OSIM ce qui met aussi en valeur la France par des actions concrètes.

Au Congo les personnes de l’ambassade de France sont venues visités nos infrastructures.

Nous avons plusieurs autorités ici en France à qui nous montrons nos actions que nous menons là-bas.

Avez-vous des conseils à donner aux femmes migrantes ?

 Je conseille aux femmes d’être actives ici, de ne pas s’isoler et s’intégrer dans les associations de quartier ce qui permet d’être contributives et solidaire, car c’est l’union qui fait la force.

 Quel mot résumerait votre parcours et pourquoi ce mot ?

La ténacité, car il en faut pour pouvoir entreprendre tout ce que j’ai pu réaliser de mon parcours d’étudiante jusqu’à la création de l’association. Parce qu’il fallait être courageuse et tenace pour y arriver.

Que pouvez-vous dire sur cette campagne une femme, un mois, une histoire ?

Mon point d’ancrage, c’est le FORIM à travers son dispositif PRA/OSIM qui m’a permise aujourd’hui de réaliser ces différentes actions. Au départ le FORIM finançait seulement 50 projets. Je suis très ravie de l’ampleur actuelle de ce dispositif.

Nous faisons toujours la promotion du PRA/OSIM.

Je trouve que cette campagne est très bien puisqu’elle permet de valoriser ce que nous faisons et mettons en place. C’est avec ces cas concrets, en mettant en exergue les actions que nous menons que les femmes sont mises en valeurs, ce qui j’espère permettra de changer les idées sur les femmes migrantes. Montrer par le travail et l’abnégation que nous faisons beaucoup. Grâce à nos actions, nous sommes aujourd’hui invitées un peu partout. Je souhaite une très longue vie au FORIM.