Le défi mondial constitué par la pandémie de la COVID-19 est arrivé en Amérique Latine comme l’explique Sabine Grandadam du Courrier International du 29/05/2020 « Du Brésil à l’Équateur, en passant par le Pérou, le Mexique et le Nicaragua, la région est touchée de plein fouet par la contagion, qui s’est accélérée ces dernières semaines. L’inquiétude grandit, alors que certains chiffres avancés par les scientifiques sont effrayants ».

Situé au nord du subcontinent sud-américain, le Venezuela avec plus de 30 millions d’habitants et ses 916.445 km2 ne fait pas figure d’exception. Le pays, déjà submergé dans une crise politique, financière et sociale, est pratiquement à la merci de cette pandémie.

I. Contexte du pays en lien avec l’épidémie

            Un contexte politique controversé

Depuis l’an dernier le pays vie une situation politique inédite avec deux présidents au pouvoir. Suite aux élections de 2018, considérées comme frauduleuses par différents groupes politiques du pays et institutions internationales, et en vertu des articles 233, 333 et 350 de la Constitution du Venezuela ; l’Assemblée Nationale déclare la présidence de Nicolas Maduro illégitime et proclame en janvier 2019 le président de l’assemblée, Juan Guaidó, comme le président par intérim du pays jusqu’à la tenue d’élections transparentes. Il est reconnu par une soixantaine de pays, dont les États-Unis, l’intégralité du Groupe de Lima (hormis le Mexique), et la France, mais n’a pas de pouvoir réel car le 

a ôté ses pouvoirs à l’Assemblée Nationale en créant une Assemblée constituante qui siège en parallèle, et qui est entièrement composée de membres du parti politique du gouvernement. Maduro, pour sa part, est reconnu notamment par la Chine, Cuba, l’Iran, le Mexique, la Russie et la Turquie. Il détient le pouvoir dans les faits, en grande partie, grâce au soutien de l’armée.

Cette bipolarité est le reflet de la grande rupture politique dans laquelle le pays est immergé depuis plusieurs années. Une situation où les accords politiques ne sont pas à l’ordre du jour et les manifestations réprimées par les forces de l’ordre sont fréquentes avec un solde important de prisonniers politiques. Cela a été dénoncé par le Haut conseil des droits de l’homme présidé par Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili[1].

[1] Le rapport du HCDH sur le Venezuela appelle à des mesures immédiates pour mettre fin aux graves violations des droits de l’homme et y remédier https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24788&LangID=F

De crise humanitaire à une situation d’urgence complexe

Depuis 2015, la crise que connait le Venezuela a des dimensions multiples : politique, sociale et économique. Elle se manifeste par la pénurie de nourriture et de médicaments, l’augmentation du taux de criminalité, l’essor de l’économie informelle, la faiblesse des institutions, l’exode massif et l’aggravation de la pauvreté.

En 2019, le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant s’est situé à 3 374 $US. On prévoit une baisse d’environ 20% en 2020. A noter que le PIB du pays en 2015 était de 10 568 US$ selon le Fonds Monétaire International. Une hyperinflation qui dépasse le 10.000.000% témoigne de l’effondrement de l’économie vénézuélienne.

L’inflation rend le panier alimentaire de base 25 fois plus cher que le salaire minimum, ce qui provoque la malnutrition dans la population vulnérable. 32% de la population est touché par la crise alimentaire nationale, rendant le Venezuela le pays avec la quatrième crise alimentaire du monde : sur les 18,5 millions de latino-américains qui souffrent de cette pénurie,. Plus de 50 seraient Vénézuéliens : 9.8 millions à l’intérieur du pays et 1.2 millions des migrants seulement résidant en Colombie et en Equateur[2][3]. Selon l’UNICEF, 6.3% des enfants vénézuéliens de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë.

Le déclin spectaculaire de la production agricole ainsi que les faits de corruption du Comité Local d’alimentation et de production (CLAP- principale politique gouvernementale sur ce domaine), ont empêché les communautés d’accéder à l’achat des denrées alimentaires. Des recherches réalisées par Transparency Venezuela indiquent que le secteur de l’alimentation, en grande partie sous domination militaire, a été utilisé à des fins de prosélytisme et de contrôle politique[4]

En ce qui concerne le secte