TRIBUNE

« Réaffirmons notre droit à la démocratie »

Le respect des droits humains, la transparence et la préservation de la paix dans le cadre des processus électoraux sont une nécessité.

Paris, 29 octobre 2020. Nous, représentants des diasporas installées en France, réunies au sein du Forum des Organisations de Solidarité Internationale Issues des Migrations (FORIM), prônons le développement de nos pays d’origine par la stabilité des institutions et les cadres constitutionnels nationaux. Issus de plus de 30 pays des Suds, nous revendiquons que seule la consolidation d’espaces démocratiques pourra créer les conditions nécessaires à l’apaisement des tensions et aux unités nationales.

En Guinée, la situation liée aux élections présidentielles du 18 octobre dernier, qui s’est dégradée tout au long de la semaine dernière, devient inquiétante. Les informations qui remontent, parcellaires, en raison notamment d’un fort ralentissement de la couverture internet par intermittence, révèlent un pays au bord de l’implosion, dont la sécurité de la population n’est plus assurée par les autorités, et qui se retrouve dans une situation de grande précarité.

Face à ce constat, la sortie de crise passera nécessairement par l’arrêt immédiat des violences étatiques contre les civils, ainsi que la cessation de l’usage répété par la police des tirs à balles réelles lors des rassemblements. Le Gouvernement guinéen doit protéger, et non entraver, les libertés fondamentales de son peuple, au premier rang desquelles la liberté d’expression et de manifestation des citoyens, ainsi que celle d’aller et venir librement dans le pays. En outre, le blocus militaire, conséquence du déploiement de l’armée nationale dans les quartiers et les grands axes des villes et du pays, crée de fait une situation d’embargo pour des populations qui ne sont pas en mesure de sortir de leur domicile.

Ce blocus engendre de grandes préoccupations sur le plan humanitaire : difficultés pour des millions de personnes de travailler, de s’approvisionner en eau et nourriture, d’accéder aux soins et à l’éducation, etc. Sans apaisement et ouverture, les conséquences vont vite s’avérer désastreuses.

La situation en Guinée n’est toutefois pas isolée : elle s’inscrit dans la volonté des peuples partout dans le monde, et notamment en Afrique, de réaliser pleinement leurs droits civils et politiques – le droit de critiquer les institutions, de vivre dans un régime politique de responsabilité, de transparence, et d’alternance. Portés par les plus jeunes d’entre nous, ces mouvements poussent nos élites à changer leurs modes de fonctionnement, et à accepter la pleine expression des divergences au sein des communautés nationales. Les crises électorales ne sont que le reflet du chemin qui reste à parcourir pour nos pays dans la constitution de réels Etats de droit, dans lesquels l’équilibre entre les pouvoirs est garanti. Nous sommes convaincus que l’essor de l’Afrique passera par la reprise en main, par les peuples africains, de leurs institutions politiques

D’autres pays ont récemment connu ou vont connaitre d’ici la fin de l’année des échéances électorales cruciales. Toutes les parties prenantes, société civile, gouvernements, commissions électorales, ont leur part à jouer dans la réussite des processus démocratiques. L’on pense évidemment à la Côte d’Ivoire, dont l’histoire récente nous invite à la plus grande vigilance.

En tant que représentants des diasporas, notre responsabilité est aussi engagée. De par notre appartenance à un double-espace, entre nos territoires d’accueil et d’origine, nous sommes des ponts naturels entre les pays, les citoyen.ne.s, les cultures. A nous d’assumer pleinement ce rôle, et de promouvoir un monde de liberté et de sécurité pour toutes et tous. Notre force est collective.

Mackendie Toupuissant

 Président du Forum des Organisations de Solidarité Internationale Issues des Migrations (FORIM)

Abdoulaye Bah

Président de la Coordination des Associations Guinéennes de France 

(CAGF)

 

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