Début juin, le projet Connect’Diasporas a poursuivi son chemin en Espagne, entre Madrid et Barcelone, dans la continuité des dynamiques engagées ces derniers mois avec les autorités sénégalaises et les acteurs de la diaspora.
Les 4, 5 et 6 juin, cette nouvelle mission a permis de franchir une étape importante : revenir sur le travail déjà accompli, partager les premiers résultats de l’étude sur la diaspora sénégalaise en Espagne, et ouvrir de nouvelles perspectives de coopération.
À Madrid, l’échange avec S.E. M. Ibrahim Al Khalil SECK, Ambassadeur du Sénégal en Espagne, a été particulièrement constructif. Il a permis de revenir sur les avancées du projet, sur la qualité du travail engagé jusqu’à présent, mais aussi sur les perspectives à construire pour renforcer durablement le dialogue entre les autorités sénégalaises, les représentations diplomatiques et consulaires, et les acteurs de la diaspora.

Les retours exprimés sur la Journée Pays Sénégal, organisée début avril à Barcelone, ont également été très positifs. Cette rencontre avait marqué un temps fort du projet, en donnant à voir ce que peut produire un dialogue direct, structuré et exigeant entre institutions, partenaires et organisations diasporiques.
À Barcelone, la rencontre avec le Consulat général du Sénégal a confirmé cette même dynamique de confiance. Les échanges ont souligné la satisfaction partagée autour de la consolidation des relations avec la Coordination des Associations Sénégalaises de Catalogne - CASC, ainsi qu’avec les acteurs associatifs sénégalais présents sur le territoire catalan.

Un autre moment fort de la mission a été l’atelier d’échange autour des premiers résultats de l’étude sur la diaspora sénégalaise en Espagne, avec un focus particulier sur la Catalogne. Au-delà des données et des constats, ce temps a surtout été un moment d’écoute : écoute des parcours, des mémoires associatives, des formes d’organisation collective, des engagements parfois anciens et souvent discrets, qui structurent la présence sénégalaise en Espagne.

Ces témoignages rappellent une chose essentielle : produire de la connaissance sur les diasporas, ce n’est pas seulement collecter des informations. C’est aussi reconnaître des trajectoires, des expériences, des engagements, et leur donner une place dans la construction des politiques publiques et des coopérations à venir.
C’est l’une des hypothèses fortes de Connect’Diasporas : le renforcement du lien entre autorités et diasporas passe nécessairement par un triptyque vivant et complémentaire — autorités centrales, représentations diplomatiques et consulaires, acteurs organisés de la diaspora.
Merci aux autorités diplomatiques et consulaires sénégalaises en Espagne pour leur confiance dans le FORIM et dans la démarche portée par ce projet.
Merci également à la CASC pour son engagement constant, ainsi qu’à l’équipe de consultants qui nous accompagne dans ce travail de production de connaissances sur la diaspora sénégalaise : Vladimir Urgert et l’équipe de La Cause.
Cette action est réalisée avec le soutien financier de l’Union européenne, dans le cadre du MMD Grant Facility, mis en œuvre par l’ICMPD.
A Tambacounda, l’association Audition Solidaire France Sénégal (ASFS) vise à offrir aux élèves sourds les clés d'un avenir connecté et inclusif.
Au Sénégal, et plus particulièrement dans la région de Tambacounda, l'accès à une éducation de qualité pour les enfants en situation de handicap reste un défi majeur. Les élèves sourds souffrent d'une double fracture : l'isolement lié à leur handicap et l'exclusion numérique. Sans outils adaptés ni supports pédagogiques modernes, leurs chances d'insertion professionnelle et sociale demeurent limitées dans un monde de plus en plus digitalisé.

Le projet est porté par l'association Audition Solidaire France Sénégal (ASFS), une Organisation de Solidarité Internationale issue des Migrations (OSIM), et est suivi par le COSIM Nouvelle-Aquitaine. L'action se déploie à Tambacounda, un carrefour régional stratégique mais confronté à d'importants besoins en infrastructures éducatives spécialisées.
Pour répondre à ces enjeux, une stratégie axée sur l'accès et la formation a été déployée :
Résultats concrets
L'intervention de l'ASFS illustre la capacité de la diaspora à mobiliser une expertise technique pointue au profit de son territoire d'origine. Par ailleurs, elle a été lauréates à 4 reprises entre 2016 et 2024. Face aux défis financiers et techniques liés à l'usage des nouveaux outils, l'OSIM a fait preuve d'une grande réactivité stratégique. Sa connaissance du contexte local a permis de réallouer les fonds de manière efficace et de solliciter une assistance externe pour résoudre les lacunes techniques, garantissant ainsi la continuité et la qualité du projet.
Ce projet s'inscrit dans une dynamique de développement durable et inclusif :
En bref (chiffres clés)
Pamela Gnaly a 24 ans, est française d'origine ivoirienne et il y a deux ans elle est partie en volontariat au Sénégal dans le cadre du dispositif Jeunesse Solidarité Internationale (JSI) avec Mediaquart. Son parcours met en avant un engagement conscientisé à l’image d’une génération plus au fait des rapports de domination.
Pamela grandit à Paris, dans des quartiers où se croisent au quotidien les diasporas africaines, maghrébines ou encore asiatiques. Longtemps, les inégalités qu'elle perçoit autour d'elle restent des sensations diffuses, sans grille de lecture. C'est à l'adolescence, au contact d'une amie engagée dans les luttes féministes, écologistes et antiracistes, que quelque chose se formule.
« C'est vraiment à ce moment-là que j'ai commencé à comprendre les rapports de domination. »
Puis vient la classe préparatoire, où elle se retrouve parmi les rares étudiantes racisées. Une professeure lui dit qu'elle sait ce que ça fait d'être « de banlieue », alors que Pamela a toujours vécu à Paris intra-muros. La remarque, anodine pour celle qui la prononce, agit comme un révélateur : elle prend conscience du décalage entre la manière dont elle est perçue et sa propre trajectoire.

Avant le Sénégal, il y a Solidays, We Love Green, puis Africolor, un festival de musiques africaines en Seine-Saint-Denis. Ces premières expériences bénévoles lui ouvrent des espaces culturels dans lesquels elle ne se sentait pas forcément légitime. Elles lui permettent aussi de se rapprocher d'une africanité qu'elle n'avait pas toujours su comment habiter.
Son mémoire de master sur la fermeture du Tati à Barbès prolonge ce mouvement : elle analyse les transformations des quartiers diasporiques parisiens et y retrouve ses propres questionnements sur l'appartenance et les territoires.

C'est lors de son service civique qu'elle découvre le programme de Mediaquart, un échange entre jeunes issus des diasporas africaines vivant en France et jeunes sénégalais engagés dans des projets d'agroécologie. Pendant deux semaines, à travers des ateliers pensés sur le modèle de l'éducation populaire, Pamela sort de ses cadres habituels de lecture. Ce qui la marque, c'est l'horizontalité du dispositif. Pas de posture de « sauveuse ». Des échanges, des discussions qui deviennent peu à peu des prises de conscience collectives.
« Cette expérience nous a permis de nous rendre compte du pouvoir qu'on pouvait avoir par rapport à ça. »
Son parcours illustre ce que la récente étude collective Volontariat et diasporas : enjeux et apports pour la solidarité internationale, conduite par le FORIM et France Volontaires (mai 2026), documente à grande échelle : pour les jeunes issus des diasporas, le volontariat fonctionne souvent comme une « conscientisation différée » (constat 3 de l’étude), une expérience dont les effets transformateurs se révèlent progressivement, bien après le retour. L'étude identifie également ce que Pamela a vécu de plein fouet : l'accès à ces dispositifs reste inégal, semé de freins économiques, psychologiques et informationnels qui touchent de façon disproportionnée les jeunes des quartiers populaires et les personnes racisées (constat 2).

De retour à Paris, Pamela poursuit ses engagements : elle rejoint Reach Out pour les luttes antiracistes et féministes, et s'engage avec Trouve ta voix auprès de collégiens et lycéens à Colombes. Dans les classes de seconde qu’elle accompagne, elle observe quelque chose qu'elle reconnaît : des jeunes qui ne se sentent pas concernés par la politique, comme elle ne l'était pas à leur âge. Elle travaille à leur donner les outils d'une nouvelle lecture du monde.
« J'essaie de me battre pour que les personnes qui me ressemblent ou pas du tout aient accès à ce que moi j'ai pas pu avoir accès plus jeune. »
Ce que le volontariat a consolidé en elle, elle le retransmet. Et ce faisant, elle incarne une autre recommandation centrale de l'étude, celle de rendre visibles les récits de volontaires issus des diasporas pour susciter de nouveaux engagements. Elle dit sans détour que l'accès à ce type de dispositif reste inégal, peu visible, peu fléché. « C'est par chance que j'ai choisi Mediaquart et que j'ai pu aller au Sénégal. »
Ce témoignage est aussi un coup de projecteur pour que les jeunes des diasporas n'aient pas à « gratter » pour trouver les portes d'entrée vers un engagement qui leur ressemble.
Et demain ? Elle suit les missions de France Volontaires, les yeux tournés vers l'Afrique de l'Ouest. L'idée de partir travailler quelques années en Côte d'Ivoire, elle l'a depuis ses 16 ans. Cette ambition-là n'a pas bougé.
🔗 Pour découvrir l'Etude "Volontariat et Diasporas : enjeux et apports pour la solidarité internationale" (français) - FORIM
🔗 Pour découvrir la Synthèse de l'étude "Volontariat et Diasporas : enjeux et apports pour la solidarité internationale" (français) - FORIM
À Yacine Lacké, l’éducation a désormais un rempart : un mur de 500 mètres qui change tout. Plus qu’une simple infrastructure, cette clôture marque la naissance d’un sanctuaire dédié au savoir et à la sécurité des enfants.
Dans cette zone rurale du Sénégal, le Collège et le Lycée de Yacine Lacké faisaient face à une insécurité chronique. L'absence de délimitation exposait quotidiennement les élèves et les enseignants à des intrusions d'animaux errants et à des passages non régulés. Ces perturbations constantes nuisaient non seulement à la concentration des 400 élèves, mais généraient également une anxiété croissante chez les parents et le personnel éducatif, menaçant la motivation scolaire.
Porté par l’Association pour le Développement du Village de Yacine Lacké (ADVYL), ce projet s'inscrit dans le cadre du programme PRA/OSIM 2024. L’ADVYL, véritable pont entre la diaspora et son territoire d’origine, a collaboré étroitement avec l’association locale AESYL pour répondre aux besoins vitaux de cette communauté rurale sénégalaise.
Le projet « Clôture protectrice : Étudier en sécurité » a consisté en la construction intégrale d'un mur d'enceinte de 500 mètres. L'infrastructure comprend un portail principal et un portillon secondaire pour une régulation optimale des flux. Le chantier a suivi une approche participative rigoureuse, incluant un diagnostic initial avec les familles et une supervision constante par l'Association des Parents d'Élèves.

L'impact est immédiat et palpable :
Ce projet démontre la capacité unique des Organisations de Solidarité Internationale issues de l'Immigration (OSIM) à mobiliser des ressources hybrides. En plus du soutien du PRA/OSIM, l'ADVYL a su fédérer :
Cette initiative s'aligne directement sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies, notamment :
En bref (chiffres clés)
Le FORIM a organisé le 31 mai 2025, au Jardin d’Agronomie Tropicale de Paris, l’atelier de lancement du projet Connect’Diasporas, en présence de plus de 40 participant·es : fédérations diasporiques, ambassades africaines, institutions publiques et partenaires techniques et financier du projet.
Cet événement marque le lancement opérationnel du programme, dont l’objectif est de renforcer le dialogue structuré entre les diasporas africaines en Europe (France, Espagne) et les autorités nationales de six pays d’origine : CapVert, RépubliqueDuCongo, Madagascar, Sénégal, Angola, Comores.

Temps forts de cette journée structurante : La matinée a été rythmée par des prises de parole institutionnelles riches et représentatives, au cours desquelles chaque partie prenante a pu partager sa vision, ses priorités et ses attentes vis-à-vis du projet. Elle s’est poursuivie par un atelier collaboratif, conçu pour co-construire une feuille de route commune, approfondir la logique d’intervention du projet, et identifier les enjeux spécifiques à chaque pays, notamment en matière de dialogue entre les autorités locales et les diasporas.
La présence active de plusieurs représentant·es diplomatiques, notamment des ambassades du CapVert, du Congo, et de Madagascar, a témoigné de l’intérêt croissant porté par les États à cette dynamique.





À leurs côtés, des autorités nationales en charge des diasporas et des questions migratoires, notamment de Madagascar et des Comores, ont également pris part aux échanges, confirmant l’importance de bâtir un partenariat institutionnel solide avec les diasporas organisées. Cette reconnaissance mutuelle est au cœur de la démarche Connect'Diasporas.
Les échanges ont permis de mettre en lumière des enjeux partagés, de premières propositions concrètes et un engagement commun en faveur d’un dialogue durable.
Un grand merci aux fédérations partenaires et membres (FACT, FACF, CAPCOS, UNACOF, CAAF, CASC) pour leur mobilisation, aux représentant·es institutionnel·les pour leur présence, à l’équipe du FORIM et à nos partenaires de l’Union européenne et de l’ICMPD pour leur confiance.
Pour rappel, Connect’Diasporas est un programme mis en œuvre par le FORIM, avec le soutien financier de l’Union européenne via le Mécanisme de Subvention MMD III, sous la coordination d’ICMPD. Il vise à renforcer le dialogue entre six fédérations diasporiques africaines en Europe et les autorités locales de leurs pays d’origine, à travers des actions de structuration, de reconnaissance et de coopération institutionnelle.
