Dans le district de Badulla, l'un des plus pauvres du Sri Lanka, une initiative portée par l'Association Renaissance Sri Lanka (RSL) redonne espoir aux familles d'agriculteurs. En misant sur la conservation alimentaire et l'organisation en coopératives, 60 femmes transforment aujourd'hui le gaspillage d'hier en revenus durables.
C'est un paradoxe commun à de nombreuses régions agricoles : l'abondance saisonnière finit trop souvent par pourrir au sol faute de moyens de conservation. À Badulla, où près de 70 % de la population survit grâce à l'agriculture de subsistance, les jardins regorgent de jacquiers, de fruits à pain et de légumes durant les pluies. Pourtant, ces familles peinent à stabiliser leurs revenus sur l'année.

Briser le cycle du gaspillage
Face à ce constat, le projet « Autonomisation des femmes par l’accès à des méthodes de conservation alimentaire » a vu le jour en 2023. L'idée est simple mais efficace : former les femmes aux techniques de déshydratation pour transformer les excédents maraîchers en produits commercialisables toute l’année sur les marchés urbains.
Grâce au soutien du PRA/OSIM, six unités de production équipées de séchoirs électriques ont été installées. Au-delà du matériel, c'est un véritable parcours de montée en compétences qui a été proposé : hygiène, contrôle qualité, emballage et même gestion de la communication.
La force du collectif : des coopératives de décision
L'une des grandes réussites de ce projet réside dans sa dimension sociale. Plutôt que de travailler de manière isolée, les 60 bénéficiaires se sont structurées en coopératives. Ce modèle participatif leur permet non seulement de mutualiser les coûts, comme les factures électriques initialement élevées, mais aussi de peser plus lourd face aux acheteurs.
« Le projet visait à leur donner un rôle de leader dans les coopératives agricoles », souligne le rapport technique qui a été partagé. Aujourd'hui, ces femmes ne sont plus seulement des agricultrices, elles sont devenues des entrepreneuses sociales capables de gérer des plans d'affaires et de négocier des prix justes.

Des défis surmontés grâce à un ancrage local

Le chemin n'a pas été sans embûches. Entre les décalages de versements financiers et l'instabilité politique du pays, le calendrier a dû être ajusté avec agilité. La clé du succès a reposé sur le partenariat étroit avec le Women’s Development Center (WDC), un acteur local solidement implanté.
Les résultats sont concrets : la qualité des produits déshydratés atteint désormais les normes d'exportation. Plus important encore, 95 % des femmes ont participé activement à chaque étape, prouvant que lorsque les outils de production sont entre leurs mains, le changement social est à portée de récolte.
L'expertise de la diaspora : un pont entre deux mondes
Cette connaissance intime du terrain leur a permis d'identifier précisément les freins socio-économiques et de dialoguer avec les autorités locales sans barrière culturelle. En agissant comme un pont entre la France et leur pays d'origine, ils ont su mobiliser des financements internationaux tout en les adaptant aux besoins concrets des villages de Badulla. C'est cette légitimité et ce lien affectif indéfectible avec la terre qui transforment une simple assistance technique en un impact durable et respectueux des structures sociales existantes.

En bref :
