
Le réseau IDD est heureux de vous partager sa brochure concernant l’Action Mondiale des Peuples (ou Peoples' Global - PGA) 2018. Ce document revient synthétiquement sur les enjeux soulevés lors de cette édition ayant pour thème « l'Egalité des droits pour toutes et tous, partout. », et rend compte des débats, des ateliers autogérés, thématiques et régionaux et des séances plénières tenues du 7 au 9 décembre 2018 à Marrakech.
L'Action Mondiale des Peuples (ou Peoples' Global - PGA) est une coordination mondiale qui
réunit des acteurs et actrices de l'associatif, des organisations de défense des droits humains et des droits des migrants, des syndicalistes et des universitaires. Elle s'est constituée en 1996, au Mexique, lors de la première rencontre intercontinentale pour l'humanité et contre le néolibéralisme. Lors de ces rencontres, les militant.e.s débattent, dialoguent, partagent leur analyse et leur expertise sur des sujets aussi divers que la justice sociale et climatique, les réfugiés et les bouleversements économiques mondiaux.
Depuis, l'Action Mondiale des Peuples organise ses manifestations en parallèle d'événements de haut niveau de l'ONU, tels que le Forum Mondial sur la Migration et le Développement (FMMD) ou encore les réunions de dialogue sur les migrations internationales et le développement. L'objectif pour les acteurs et actrices de la société civile est - entre autres - de faire entendre leurs revendications et de faire pressions sur les Etats pour que ces derniers respectent les conventions internationales des droits humains.
L'édition 2018 de la PGA s’est déroulée les 8 et 9 décembre à Marrakech sur le thème de l'Egalité des droits pour toutes et tous, partout. Cette rencontre s’est effectuée en marge du
11e Forum Mondial sur les Migrations et le Développement (FMMD) et de la signature par les États Membres de l’ONU du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.
Cette brochure est la synthèse d'un rapport de capitalisation sur cette PGA 2018, réalisé de manière collaborative et bénévole. Ce rapport rend compte des ateliers autogérés, thématiques et régionaux et des séances plénières qui se sont tenues lors de la rencontre PGA, les 7, 8 et 9 décembre 2018 à Marrakech. Il retranscrit les diverses interventions tenues pendant ces deux journées (et des ateliers autogérés de la veille le 7 décembre), ainsi que des échanges, et recommandations des participant.e.s lors des ateliers et des séances plénières. Il reflète les débats riches, divers et parfois contradictoires, mais toujours dans le construction et dans le respect de la parole de l'autre.
Rapport final PGA
Brochure capitalisation PGA

Le FORIM a lancé en septembre 2020 une étude sur les formes d’engagement de la diaspora malienne dans le cadre de deux dispositifs dont il est partie prenante : le Programme d’Appui aux Organisations de Solidarité Internationale Issues des Migrations (PRA/OSIM) et le Programme Mobilité Migration pour le Développement (PMMD – CODEV Mali).
Cette étude par le cabinet Innogence Consulting et commanditée par le FORIM, vise principalement à étudier les modalités d’action de la diaspora dans le cadre de ces deux dispositifs. En particulier, ce travail ambitionne de :
Pour télécharger l'étude en intégralité :
Rapport final FORIM. Etude Appui diaspora malienne-Dispositifs PMMD-PRAOSIM_compressed

Cette année, l'Union Générale des Vietnamiens de France a proposé de célébrer la fête du Têt 2021 en ligne. Le jeudi 11 février à 20h s’est déroulé le fameux spectacle du Têt ponctué de surprises (lien : https://youtu.be/1qtnoQzahjg ). L’organisation d’un spectacle virtuel de fin d’année a été porté par l’UGVF avec ses associations amies afin d’apporter malgré tout l’esprit chaleureux du Têt, avec plein de sérénité, de bonheur et de réussite.
Durant plusieurs semaines avant le spectacle final l’UGVF nous a permis de suivre les animations et préparatifs qui constituent l’âme du Nouvel An vietnamien.
Avec ce programme du Têt, l’UGVF a voulu effacer la distance, pas seulement entre la France et le Vietnam, mais également entre tous les continents, pour que l'esprit du Têt se répande chez tous les vietnamiens, peu importe où ils se trouvent.
Chaque année entre la dernière semaine de janvier et la troisième de février, selon le calendrier lunaire, le Vietnam célèbre la fête du Têt, qui marque à la fois l'arrivée du printemps et le Nouvel An lunaire dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est.
Le « Têt Nguyên Dán » (le Nouvel An vietnamien) est célébré au même moment que le Nouvel An chinois.
Le prochain Têt vietnamien débutera le 12 février 2021.
C’est la fête la plus importante au Vietnam, à la fois religieuse et civile ; l’événement majeur de l’année, qui ouvre le bal des fêtes traditionnelles vietnamiennes et pour lequel les Vietnamiens prennent généralement une semaine de vacances, afin de se retrouver en famille.
Pendant plusieurs jours, la vie du pays est ainsi totalement chamboulée, les villes se vident tandis que les familles se retrouvent à la campagne pour partager des moments conviviaux autour de copieux repas, et de petites enveloppes rouges annonciatrices de la prospérité et du bonheur à venir…

Le samedi 13 février la Plateforme d’associations franco-haïtiennes et les nombreuses associations de la communauté ont organisé la 14e journée portes ouvertes des associations Franco-haïtiennes. La journée s’est déroulée sous le thème de l’agriculture et la jeunesse : un avenir possible en Haïti ! En direct sur HLive TV, la PAFHA a présenté différentes associations et animations culturelles tout au long de la journée. Un moment de débat sur la thématique a également permis de sensibiliser les jeunes à l’agriculture dans le processus de développement en Haïti. Cette journée festive a permis de découvrir les initiatives en direction d’Haïti et des haïtiens et haïtiennes en France.
Regardez le live facebook

Le COSIM Occitanie Pyrénées et le COSIM Occitanie Méditéranée sont très heureux de vous convier dans le cadre du PRA/OSIM à la 1ère édition du Forum Régional de Co-développement le 5 Décembre 2020 de 9h à 17h. Ce forum a pour but de consolider l’ancrage régional et territorial du FORIM à travers la facilitation et le renforcement des liens entre les membres du FORIM et les acteurs régionaux.
Dans une optique de renforcer les capacités d’intervention des OSIM et de leurs fédérations au niveau régional, et favoriser les échanges entre OSIM et acteur relais (OPAP, RRMA, Collectivités), le FORIM souhaite mettre en valeur pendant le Forum Régional de Codéveloppement l’implication des associations issues de la diaspora dans le double espace au niveau régional.
Ce Forum réunira différents acteurs régionaux (Occitanie Coopération, Mairie de Toulouse, Région Occitanie, le Conseil Départemental de la Haute Garonne, dirigeants.es d'OSIM et experts.es en migrations) afin d'échanger et valoriser les activités de la région portées par la diaspora et renforcer les dynamiques partenariales en abordant différentes thématiques telles que la jeunesse, la finance verte et les nouvelles approches en projets de co-développement.

La diaspora malienne en France est historiquement engagée dans des actions de solidarité internationale en direction de son pays d’origine. Depuis la table-ronde de Kayes en 1997 et la signature de la Convention Franco-Malienne sur le Co-développement en 2000, le Mali fait figure d’exemple sur l’engagement des diasporas dans le développement. Les politiques publiques maliennes encouragent la diaspora malienne à investir et à mener des projets productifs et/ou structurants permettant un meilleur accès aux services de base (eau, santé, agriculture, éducation, etc.).
Le FORIM a depuis sa création en 2002 accompagné la diaspora malienne dans sa structuration et dans ses actions, en France et en direction du Mali. Le Haut-Conseil des Maliens de France (HCMF) en est membre fondateur. Les OSIM maliennes sont également présentes au sein de réseaux multi-pays et thématiques membres du FORIM, ainsi que dans les collectifs régionaux sur tout le territoire français.

Issu de la première convention Franco-Malienne sur le Codéveloppement de 2000, le programme Codéveloppement Mali, a connu plusieurs phases (FSP Mali, CODEV Mali, PAC Mali). Tout au long de son existence, le CODEV Mali a visé à soutenir des projets portés par des associations ou collectivités maliennes, réalisés en partenariat avec des associations de la diaspora, qui doivent notamment s’engager à co-financer les actions. Dans sa phase actuelle, le programme a réalisé 2 appels à projets, en 2017 et 2019, pour un total de 43 initiatives financés. Un troisième appel est en cours en 2020.
Depuis 2013, le FORIM est Cellule Relais France du Programme Mobilité, Migration pour le Développement (PMMD). En tant que Cellule Relais France du dispositif, le FORIM relaie les informations au sein de ses réseaux de la diaspora malienne et à travers son réseau de structures d’accompagnement, appuie les OSIM dans le montage de projet et le dépôt.Entre 2002 et 2019, le PRA/OSIM a cofinancé 43 microprojets de développement au Mali; notamment dans le secteur de l’éducation/formation, la santé et le développement rural et agricole, avec un enveloppe total d’environ 600 581 euros.
Les candidat.e.s sont invité.e.s à envoyer directement leur CV, une note de proposition technique et financière, des exemples de travaux similaires réalisés et toute demande d’information à :
Termes de référence
Termes de référence
Consultation pour une étude sur l’appui aux engagements de la diaspora malienne en France
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Réalisées dans le cadre du programme « Made – Afrique de l’Ouest : Pour une gouvernance des mobilités basées sur les droits » le FORIM et ses partenaires issues des diasporas burkinabè et togolaises, ces feuilles de route portent un diagnostic sur les progrès accomplis et les obstacles qui limitent la capacité d’intervention et l’impact des diasporas dans leurs pays d’origine en Afrique de l’Ouest. Elles présentent également des pistes concrètes de renforcement pour l’ensemble des parties prenantes, des OSIM aux autorités nationales en passant par les structures d’accompagnement, le secteur privé et les organisations internationales. Issues d’un travail de 3 ans au sein d’espaces de concertations multi-acteurs, ces recommandations reflètent la volonté partagée d’améliorer les cadres d’engagement des diasporas, et de développer des outils innovants de coopération entre société civile, ici et là-bas, et autorités.

Le premier cas de Covid19 a été signalé dans la ville de Wuhan (la capitale de la province du Hubei) date du 17 novembre 2019 en Chine. Le 22 janvier, le gouvernement chinois place sous quarantaine trois villes de la province de Hubei: Wuhan, Huanggang et Ezhou. D'autres villes comme Shanghai et Pékin sont également concernées.
Les autorités chinoises interdisent tout trafic aérien, ferroviaire,
routier et fluvial à destination et en provenance de ces trois agglomérations, à l'intérieur desquelles les transports publics (autobus, métro) sont également suspendus. Les autorités ordonnent également la fermeture des lieux publics de divertissement à l'instar des salles de cinémas, des salles de spectacle ou encore des cybercafés. Le port du masque est rendu obligatoire.
Le confinement est relativement strict et contrôlé. Aussi, deux hôpitaux de campagne sont construits de 25 000 m2 et pouvant accueillir jusqu'à mille patients et l’autre pour mille six cents patients. Alors que l’épidémie s’était fortement ralenti, une deuxième vague est annoncée en juin, touchant plus spécifiquement la ville de Pékin. La ville se reconfine après une augmentation de cas dans la ville, dû à une contamination dans un marché de gros.
La Chine est le pays le plus peuplé au monde, avec 1,4 milliard de personnes. C’est aussi le pays qui connait l’une des plus grande diaspora de la planète. Les Chinois d’outre-mer ont débuté leur émigration à la fin du 16ème siècle. Elle s’est intensifiée dans la deuxième partie du
19ème siècle et poursuivie jusque à l’époque contemporaine. Les Chinois d’outre-mer sont aujourd’hui présents sur tous les continents (Zhipeng Li, 2017[1]).
La communauté chinoise en France s’est formée par vagues successives de migrants venus à différentes époques et pour des raisons diverses. Elle est estimée à environ entre 600 000 à 700 000 personnes, soit la plus importante d'Europe. Elle est particulièrement concentrée en Ile de France et à Paris dans le 13ème arrondissement, plus souvent appelé le « quartier chinois ».
La crise de la Covid, en plus de malmener la santé des personnes, a été révélatrice d’une peur de l’Autre. Celui et celle, qui dans notre inconscient, a fait entrer l’épidémie en France est devenu indésirable. Pendant cette crise, la communauté chinoise a connu diverses formes de stigmatisations et de discriminations à son encontre, assimilant les Chinois.e.s de France directement au virus. Sur les réseaux sociaux, s’est développé le #Jenesuispasunvirus pour lutter contre cette stigmatisation. Deux personnalités de la société civile chinoise de France ont accepté de répondre à nos questions et nous apprennent d’une communauté, que nous ne connaissons que très peu. Nous les en remercions.
[1] Voir la thèse de Zhipeng Li « La diaspora Wenzhou en France et ses relations avec la Chine » : https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01819716/document

Grâce Ly est écrivaine, autrice-réalisatrice, et animatrice de podcasts. Elle est née en France de parents chinois, installée en région parisienne depuis l’âge de 6 ans. Elle lance le blog La Petite Banane en 2011, puis crée une websérie Ça reste entre nous diffusée en 2017 et 2018. Elle discute particulièrement des questions d’identité, de racisme de culture.
En septembre 2018, elle crée le podcast bimensuel « Kiffe ta race », avec Rokhaya Diallo. Elle publie, à la même date « Jeune fille modèle » son premier roman chez Fayard. C’est pour elle l’occasion d’évoquer l’exil, les stéréotypes, la double culture, au travers de l’héroïne du livre, Chichi, une jeune asiatique de la seconde génération.
Sacha Lin Jung est de nationalité française, né à Paris issu d'une famille chinoise originaire de la ville Wenzhou. De formation scientifique, il profite néanmoins de la culture entrepreneuriale familiale pour se lancer dans de multiples activités commerciales en France et en Chine. Confronté tout au long de sa vie à des contrastes conflictuels, a germé en lui un besoin d'équilibre intérieur et d'harmonie extérieure. Il est le fondateur d’une association (« Jeunes Chinois de France ») afin de réunir des français d'origine chinoise dans le but de traiter des problématiques ainsi que des potentialités non exploitées relatives aux jeunes français asiatiques. C'est pour lui presque devenu une mission de vie. Lors de la crise sanitaire, il a été l’invité de nombreux plateaux de télévision pour apporter son éclairage en tant que membre actif de la société civile sur le débat du racisme anti-asiatique.
Propos recueillis par Chadia Arab, Jacques Ould Aoudia, et Benoit Mayaux
FORIM : Comment la communauté chinoise se structure-t-elle en France ? Pourriez-vous décrire cette diaspora peu connue ?
Sacha : La première chose à distinguer avant de commencer à parler de la «communauté chinoise» est que la «communauté chinoise» est devenu un amalgame de l'imaginaire collectif qui regroupe des communautés hétérogènes. Dans cette imaginaire collectif, les populations asiatiques font malgré elles aussi partie de cette communauté chinoise. Le seul point commun qui fait vraiment consensus au sein des populations asiatiques est la discrimination au faciès. C'est pourquoi dans la lutte contre les discriminations, nous parlons presque exclusivement de communauté asiatique au lieu de chinoise. Ceci étant posé, on peut distinguer deux courants migratoires qui ont déterminé la composition de la communauté dite chinoise en France: La plus connue est essentiellement basée dans le13eme arrondissement de Paris et a démarré à la fin des années 60, composée de populations asiatiques d'anciennes colonies françaises en Indochine (Vietnam, Cambodge, Laos principalement) qu'on appelle communément les «Boat people». Ces ressortissants de nationalité diverses ont souvent des origines chinoises, l'amalgame de qualifier tous les asiatiques de «chinois» n'est pas causée par la seule méconnaissance, le fait sociologique atteste parfois d'un réel amalgame culturel. L'autre courant migratoire moins connue, est pourtant plus ancien et plus important en terme démographique, représentant près de la moitié de la population chinoise en France est originaire de Chine continentale et son installation en France remonte à la Première Guerre Mondiale. À cette époque, la France et l'Angleterre passent un accord avec le gouvernement chinois de l'époque pour recruter 140 000 travailleurs chinois dont certains, quelques milliers vont finir par s'installer définitivement en France, et notamment à Paris près de la gare de Lyon et dans le 3eme arrondissement de Paris dès 1919. Beaucoup de ces Chinois sont originaires de la région de Wenzhou (ancienne concession étrangère). Cet ilot chinois en plein cœur de Paris restera marginal jusqu'à la fin des années 60 où la Révolution Culturelle en Chine engendre une fuite des Chinois vers de plus verts pâturages. C'est donc en concomitance avec les fameux «boat people», que se développe une migration plus discrète de Chinois de la région de Wenzhou qui, contrairement aux «boat people», n'ont jamais eu de contacts culturels avec la France. Ces deux courants d'immigration représentent la très grande majorité de la population chinoise en France. En marge, on compte bien entendu une présence d'étudiants chinois et une population en provenance de la région du Dongbei au nord-est de la Chine arrivée dans les années 90.n Chaque groupe a ses spécificités culturelles distinctes, ne parlent pas les mêmes langues et dialectes, se développe indépendamment dans des secteurs économiques très différents et possède son propre réseau communautaire et associatif.
En complément de ce tableau non exhaustif, il faut parler d'une population assimilée à chinoise mais qui ne rentrent pas dans les statistiques, celle des français d'origine asiatique issu des différentes courants d'immigrations que l'on voit émerger dans des actions de lutte contre les discriminations ou pour une meilleure représentativité politique. Cette conscience citoyenne est encore très récente et il n'existe aucune étude sur cette population de nationalité française qui commence à s'affirmer de différentes manières.
Grâce : Il serait plus juste de parler des communautés chinoises en France, parce qu’il y a de nombreuses migrations et de nombreux parcours. La Chine est évidemment un grand pays, 17 fois la France. Et donc les immigrations successives ne se ressemblent pas. Il y a par exemple, une immigration de Chine qui date des évènements Tian’anmen[1] de 1989, qui est très politique. Il y a aussi des étudiants chinois qui restent en France et qui s‘installent, il y a des migrations clandestines, des territoires du Dongbei au Nord de la Chine, une immigration qui vient de Wenzhou avec qui la France a tissé beaucoup de liens. Il y a aussi les Chinois qui sont issus des diasporas indochinoises, d’Ex-Indochine française, donc du Cambodge, du Laos et du Viet Nam et qui sont souvent confondus avec ces populations sous le nom de boat people par exemple.
[1] Le 15 avril 1989 débute un mouvement d'étudiants, d'intellectuels et d'ouvriers chinois qui dénoncent la corruption dans la classe politique chinoise et réclament des réformes politiques et démocratiques. Cette contestation, d'abord joyeuse et toujours non violente, se termine par l'intervention de l'armée (Source : France Info).

FORIM : L'épidémie de la Covid19 a débuté en Chine, quels impacts cette crise sanitaire a-t-elle eu en France? Et particulièrement sur la communauté chinoise de France? (racisme? Discriminations ? Autres ?, etc.)
Sacha : Pour les personnes sensibles au contexte de protectionnisme européen et de guerre économique entre les USA et la Chine, le fait que l'épidémie de coronavirus ait débuté en Chine a tout de suite été pris très au sérieux sur le plan sanitaire mais encore plus sur le plan des discriminations. C'est ainsi que les défilés traditionnels du nouvel an chinois en France ont été annulés afin d'éviter tout risque d'exposer les plus jeunes participants à d'éventuels débordements racistes auxquels nous assistions déjà sur les réseaux sociaux et dans la vraie vie. Sur le plan économique, dès le mois de janvier 2020, les commerces de bouche tenus par des asiatiques ont subi une baisse de fréquentation. Le secteur très important du tourisme s'est totalement arrêté. Sur les réseaux sociaux, les propos racistes à l'encontre de la communauté asiatique a explosé de plus de 900%. Sur le plan social, cette crise a mis en évidence le manque de préparation de la société française à faire face à une épidémie. Et donc au sentiment d'injustice des populations d'origine asiatique et malgré tout la suspicion qui a pu être exprimée à l'encontre de la gestion de la crise en Chine, subsiste quand même la conscience que l'Asie notamment la Chine est moins sous-développée qu'on aurait pu le penser. Ce qui peut générer un sentiment compensatoire de fierté au milieu de cette débâcle.
Grâce : Depuis le début de la crise sanitaire en Chine, c’est-à-dire à peu près vers le 20 janvier, date du nouvel an chinois en Chine, il y a eu un début de stigmatisation parce qu’on a projeté sur la population chinoise, les asiatiques d’une manière générale, et donc pas que chinoise, les personnes qui sont perçues comme étant asiatiques, aussi Vietnamiens, aussi d’autres groupes qui ne sont spécifiquement chinois mais qui sont perçues comme asiatiques. Donc des stigmatisations, des discriminations, des violences verbales et aussi physiques. L’épidémie du Covid19 a non seulement été une épidémie sanitaire, mais aussi un reflet des tensions sociales et de la montée du racisme anti-asiatique soudain. C’était une montée soudaine et très circonstanciée, et c’est quelque chose qui n’est pas nouveau en France. Il y a toujours eu du racisme anti-asiatique. En dehors de la crise sanitaire, c’était quelque chose de beaucoup plus insidieux, beaucoup plus invisible. On parle souvent de stéréotype qu’on dit positif. On dit souvent la communauté asiatique, chinoise, qu’on trouverait modèle, qui serait discrète et qui travaillerait dur, qui serait composée de « bons immigrés ». C’est souvent l’image qui colle à la peau aux personnes migrantes asiatiques et même des populations françaises aux origines asiatiques. Ce racisme qu’on dit positif, bienveillant mais qui demeure tout de même du racisme, s’est transformé en ostracisation, en violence franche, depuis le début de la crise sanitaire et ça a perduré aujourd’hui encore.
FORIM : Y'a-t-il un racisme particulier par rapport au Chinois et en comparaison aux autres communautés? Y'a-t-il une convergence des luttes? Nous pensons plus spécifiquement aux manifestations contre les violences policières. Est-ce que les Chinois.es de France se sentent concerné.es ? Comment les Chinois s'inscrivent dans ces luttes? Comment palier au racisme anti-chinois?
Sacha : Les noirs, les juifs, les maghrébins et les asiatiques ne souffrent évidemment pas des mêmes suspicions. Le racisme dont souffre les «Chinois» s'articulent sur des clichés effectivement spécifiques. Hormis le racisme ordinaire des clichés positifs ou réducteurs, le racisme anti-chinois se manifeste aussi par le phénomène d'agressions ciblées visant surtout les femmes et les personnes perçues comme les plus vulnérables.
Le racisme anti-chinois est donc présent sous deux formes, l'une est le racisme dit ordinaire et l'autre est un racisme lié à un ressentiment à l'encontre d'une image préconçue de la Chine. Dans les théories du complot, tout le monde peut trouver une raison de haïr «les Chinois», la consommation de viande de chiens, le traitement des musulmans du Xinjiang, la menace pour les démocraties occidentales, toutes ces accusations suffisent à construire un imaginaire collectif ou le «chinois» est l'ennemi. Dans ce contexte de dénonciation des violences policières, les populations chinoises ne se sont que très peu positionnés officiellement même si l'affaire LIU SHAOYAO, père abattu à son domicile à Paris devant ses enfants a été le motif d'un soulèvement contre les violences policières. Le racisme anti-chinois est lié à l'image de la Chine véhiculée dans les grands média occidentaux, la lutte contre ce racisme consisterait avant tout à détricoter les mythes anxiogènes sur la Chine qui masquent les points de convergence de l'histoire de la Chine avec le reste du monde. D'ailleurs je constate que depuis la dernière flambée de racisme anti-chinois, le nombre de militants indépendants appliqués à ce travail titanesque sont de plus en plus nombreux.
Grâce : Je ne pense pas qu’il y ait un racisme particulier contre les chinois, de manière interindividuelle, car c’est difficile de distinguer une personne chinoise d’une autre personne asiatique : je ne suis pas ciblée en tant que cambodgienne ou chinoise, je suis ciblée en tant qu’asiatique, avec un faciès, une forme d’yeux, de cheveux, qu’on associe à tout un continent, ce qui par ailleurs est de l’ordre du fantasme. Il y a en revanche du China bashing, qui vise les ressortissants chinois, et l’image de la Chine dans les médias. Le made in China c’est cheap, la Chine ne respecte pas les droits humains, etc. Certaines sont vérifiées, d’autres non. En tout cas, on remarque un emploi de vocabulaire qui est généralement négatif quand on parle de la Chine, et c’est une forme de racisme. Il se génère au niveau institutionnel, politique, de la recherche, et se diffuse ensuite dans la société française.
Il y a des convergences des luttes : la lutte contre le sexisme touche les femmes asiatiques, qui le subissent quotidiennement. L’antiracisme aussi fait partie de cette convergence. Les violences policières sont une lutte partagée. Les enfants de Liu Shaoyao ont monté un groupe de soutien pour demander justice pour leur père. En tant que franco-chinoise, je me sens concernée par ces faits de société, et cette prise de conscience en France. Ces revendications, ces demandes, ces manifestations pour la justice de Liu Shaoyao s’inscrivent dans un contexte plus large contre les violences systémiques.
Concernant la lutte contre le racisme anti-asiatique, je pense que la réponse pour faire progresser la société française peut être, à mon sens, la même que pour le sexisme ou pour toutes les formes d’oppression. Toutes ces formes d’oppression sont aujourd’hui régulièrement dénoncées et pour lesquelles on cherche à la fois un appui institutionnel et une médiatisation, une prise de conscience, une sensibilisation et un travail éducatif auprès de la population.
Lutter contre le racisme, c’est à la fois dénoncer ceux qui le pratiquent. C’est demander à nos institutions, aux personnes qui nous représentent, d’en faire une priorité dans les politiques publiques, de l’inscrire dans les programmes de l’Education Nationale. Mais aussi c’est rendre responsables ceux qui se rendraient coupables de racisme et qu’il y ait des réparations. C’est une réponse qui est globale. Qui peut se faire pour toute sorte d’oppression.

FORIM : Quels liens entre les Chinois de France et le pays d'origine?
Sacha : J'ai toujours observé que les Chinois de France de même que les Français d'origine chinoise étaient tournés vers la France plutôt que la Chine, peu sont ceux de la deuxième génération à garder des liens effectifs avec la Chine. Mais l'apparition d'une forme de sentiment anti-chinois pousse de plus en plus les Chinois de France à se tourner vers leur pays d'origine et à se réapproprier cette culture qui constitue à la fois un atout sur le plan professionnel mais aussi un éventuel refuge par rapport au spectre d'un échec social en France.
Grâce : En ce qui concerne mon lien avec mon pays d’origine, je suis Chinoise du Cambodge. Donc je suis à la fois Chinoise, et mes parents viennent de Chine. C’est-à-dire qu’il sont nés au Cambodge dans une communauté, une famille chinoise. Ma mère est Cantonaise, mon père est Teochew.
Mon lien avec mon pays d’origine ? Je fais des voyages touristiques. J’ai de la famille qui a pu se réinstaller dans ces territoires [chinois]. Moi, personnellement, je ne travaille pas avec ces territoires. Je ne suis pas activement liée au pays d’origine. Mais j’ai une grande fascination pour sa culture, et pour mon héritage. Je ne pourrai pas, bien sûr, répondre au nom des Chinois de France. Je n’ai pas de mandat pour parler en leur nom.
FORIM : Enfin, comment voyez-vous le "monde de demain"?
Sacha : Pendant le confinement, chacun s'est mis à imaginer «le monde d'après». Je n'ai pas attendu pour œuvrer à un monde de Paix et de compréhension entre les peuples. Mais comment se comprendre séparés par des écrans de smartphones, séparés par la distanciation sociale, la suspicion et les restrictions de voyage?
La crise du Covid-19 a mis en suspens les interactions sociales, le temps d'aujourd'hui est celui de la remise en question de nos sociétés et de la refonte de nos acquis et certitudes. Je vois le monde de demain bien partagé entre ceux qui auront su construire des fondations humaines solides qui leur permettront d'apprendre, de comprendre, de transmettre dans un monde meilleur qu'ils auront eux-mêmes créé et ceux qui s'enliseront dans des problématiques non résolues du passé, incapable de se projeter dans le monde de demain.
Il est difficile de lancer un pronostic sur le monde de demain mais toute crise à deux faces, d'un côté le danger de destruction et de l'autre l'opportunité de se renouveler, d'évoluer, de s'entraider. J'espère que celles et ceux qui liront ces lignes seront convaincus que le monde de demain se construira sur nos prières d'aujourd'hui, puissent-elles rapprocher les gens et consolider la Paix entre les différents peuples.
Grace : Le monde de demain ? En fait, il n’y en a pas ! C’est le monde d’aujourd’hui. On fait aujourd’hui notre monde, chaque jour. Le monde d’aujourd’hui, celui qui se profile, c’est un monde où il n’est plus possible de mépriser les autres. On le voit grâce aux mobilisations, à l’organisation des personnes qui sont les premières concernées par les oppressions comme les femmes, comme ceux qui souffrent de racisme, ceux qui sont victimes des violences policières. Il y a des mobilisations, il y a dans l’espace public des revendications fortes de ces personnes et toute la société pourrait en bénéficier puisque cela ne concerne pas qu’une seule personne.
Le monde d’aujourd’hui se construit tous les jours. Je vois depuis la fin du confinement notamment, une présence sur les réseaux sociaux mais aussi dans la rue de beaucoup de personnes qui demandent à être entendues et être respectées dans leur singularité. Et ces voix ne sont pas forcément entendues, mais j’ai bien l’impression qu’elles ne vont pas cesser de se faire entendre avant d’obtenir de la part des personnes qui nous représentent dans les institutions de gouvernance de la France, d’être considérées et de faire avancer ce qui doit l’être.
Chronique rédigée par Chadia Arab, Jacques Ould Aoudia, Benoit Mayaux
Comité de rédaction : Chadia Arab, Benoit Mayaux, Jacques Ould Aoudia, Patrick Rakotomalala
Mise en forme et communication : Randa Chekroun, Pierangela Fontana
Les propos contenus dans la présente publication n’engagent que leurs auteur.e.s
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