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ChroCo Vies N°6 : Le Vietnam ou la réussite de la lutte contre le Covid-19 : Anticipation et solidarité

20 mai 2020

Le Vietnam, un Petit Dragon économique…

source : reflectim.fr

Pays tropical et subtropical, avec une superficie de 331 000 km², le Vietnam s’étire sur 1650  km de long du Nord au Sud et possède 3260 km de côtes. Les 98  millions d’habitants sont regroupés essentiellement dans les plaines (delta du fleuve rouge au Nord, delta du Mekong au Sud).

Après une dizaine d’années difficiles dues aux séquelles d’une guerre dévastatrice et des mesures économiques désastreuses, le Vietnam a su, grâce à une politique de libéralisation économique et d’ouverture, sortir de la pauvreté et devenir un pays à revenus intermédiaires (PIB par habitant 3200 USD en 2018). Le sort des paysans, en particulier, s’est amélioré de façon spectaculaire. Le Vietnam est devenu en 2019 le premier exportateur mondial de riz, de noix de cajou, de poivre, le deuxième exportateur de café… Pays de tradition agricole, il s’est industrialisé ces dernières années, grâce aux investissements étrangers (surtout du Japon et de la Corée du Sud), en particulier dans la fabrication de produits électroniques, ce qui a permis à ce secteur de contribuer à hauteur de 24% du PIB du pays. Une croissance continue entre 6 et 7% par an a propulsé le Vietnam au rang d’un «petit dragon» du Sud Est asiatique.

….Mais un système de santé à 2 vitesses

Médecine traditionnelle - Source : suckhoedoisong.vn

Le système de santé du Vietnam est un système mixte, alliant le public et le privé, la médecine occidentale et la médecine traditionnelle.

Le système de soins publics au Vietnam est organisé sur quatre niveaux, calqué sur l’organisation administrative. Le réseau des établissements de santé est très dense : 99% des communes possèdent un dispensaire, destiné à apporter aux populations les soins de santé primaires et les vaccinations. Chaque district (au nombre de 527) possède également au moins un centre de santé, pour des soins plus avancés. On dénombre 419 hôpitaux de province. Au niveau national, le Ministère de la Santé gère plusieurs institutions, notamment 47 hôpitaux d’état, des instituts de recherche et des universités. La médecine traditionnelle joue un rôle essentiel dans le système de soins. Environ 30% des patients du pays y ont recours, en particulier dans les zones reculées et difficiles. En plus des 63 hôpitaux de médecine traditionnelle, 92% des hôpitaux de médecine occidentale possèdent un département ou une équipe de médecine traditionnelle.

La caractéristique de la médecine traditionnelle au Vietnam est qu’elle a su combiner de manière harmonieuse les pratiques et les médicaments traditionnels et ceux de la médecine dite « moderne ».

Des résultats louables dans la médecine de base, et de grands efforts pour que chaque Vietnamien puisse avoir une assurance maladie, ne peuvent cacher certaines insuffisances du système de santé vietnamien, en particulier le sous-équipement des hôpitaux publics et l’inégalité entre les services de santé des zones urbaines et ceux des zones rurales. En l’absence de soins spécialisés et de qualité de proximité, les malades des campagnes affluent vers les hôpitaux des grandes villes qui sont en permanence surchargés. Une autre conséquence est la multiplication dans les grandes villes d’hôpitaux privés souvent mieux équipés mais où ne peuvent aller que les gens fortunés, créant ainsi un sentiment d’injustice sociale

Pour vaincre l’épidémie du Covid 19, un maître-mot : l’anticipation

Le coronavirus a fait sa première apparition au Vietnam le 22 Janvier, apporté par un chinois arrivant de Wu Han. Au 12 Mai, le nombre de contaminés s’élève à 288, le nombre de guéris à 249 et le Vietnam ne déplore aucun mort.

1 : 22 Janvier : premier cas de malade du Covid 19, un chinois arrivant de Wu Han. 28 personnes ayant été en contact avec lui ont été testées, 2 sont atteints. 29 Janvier : 6 techniciens vietnamiens de retour de Wu Han ont infecté plusieurs membres de leur famille. Tous sont originaires de la commune de Son Lôi, province de Vinh Phuc. Cette commune a été mise en confinement le 12 Février. Au 13 Février, le VN compte 16 personnes atteintes, ce nombre est resté stable jusqu'au 6 Mars

2 : 30 Janvier : le Vietnam ferme ses frontières terrestres et aériennes avec la Chine

3 : 6 Mars : Deuxième phase de contaminations venant d'Europe (Vietnamiens et Européens). Le nombre des contaminés augmente rapidement. Le Vietnam déclare le stade 3 de l'épidémie

4 : 11 Mars : Arrêt de délivrance de visa pour les ressortissants des pays de l'espace Schengen. Toute personne entrant au Vietnam doit faire une déclaration de santé, et mise en quarantaine 14 jours dans des centres d'isolement

5 : 25 Mars : Fermeture des restaurants, bars, salles de karaoké, salons de coiffure…Les magasins, supermarchés et les marchés restent ouverts

6: 1er Avril : Le Vietnam décrète un confinement national (assez soft). Tous les commerces non essentiels sont fermés. Les circulations de personnes inter-provinces sont réglementées, les rassemblements sont interdits, il est seulement conseillé de ne sortir que pour les achats essentiels

7 : 1er Mai : Fin du confinement. Réouverture des écoles

8 : 5 Mai : rapatriement de 297 Vietnamiens : tous ont été immédiatement mis en isolement et testés. 17 personnes ont été testées positives.

Comment le Vietnam, qui partage 1400 km de frontières avec la Chine, dont le système de santé est fragile et les hôpitaux en permanence surchargés, a-t-il réussi cet exploit d’avoir un nombre aussi bas de contaminés et aucun décès ?

Eh bien, justement, parce que se sachant dans l’incapacité de faire face si le virus se propageait, le gouvernement vietnamien a pris les devants. Sa stratégie se résume en un mot : anticiper.

Il a déployé sur tout le territoire 3 grands axes d’actions :

  • Mise en quatorzaine des voyageurs arrivant de l’étranger (à domicile ou en résidence groupée) et déclaration de santé obligatoire.
  • Tracer toutes les personnes en contact avec les malades jusqu’à F3, F4… : les cas confirmés doivent déclarer où ils ont été, et avec qui ils ont été en contact.Ces contacts ont été immédiatement isolés, testés et mis en quatorzaine.
  • Fermeture des frontières avec la Chine dès le 1er Février, isolement de quartiers ou de communes entières dès qu’un cluster est détecté. Au 1er Avril, après la deuxième vague de malades arrivant d’Europe, confinement généralisé, jusqu’au 1er
Ho Chi Minh ville avant le confinement - source : AFD
et au cours du confinement - source : toquoc.vn

A ces mesures, s’ajoutent les conseils de gestes barrière et d’hygiène envoyés régulièrement par le Ministère de la santé sur tous les smartphones (il y a 51,1 millions d’utilisateurs de smartphones au Vietnam). Et bien sûr, le port de masque obligatoire. Il est vrai que les Vietnamiens ont l’habitude de porter un masque en tissu, pour se protéger des gaz d’échappement des motos, dans un pays où on utilise majoritairement les 2 roues pour se déplacer.

Certains ont pu déplorer les atteintes à la liberté individuelle et les mesures autoritaires, mais tous les observateurs internationaux ont pu remarquer que les Vietnamiens se plient sans problème à cette discipline. Une des raisons de cette acceptation, suggère Jean-Noël Poirier, ex-ambassadeur de France au Vietnam, est qu’« elle est fondée sur un fait culturel et civilisationnel fondamental. Dans le monde confucéen, au Vietnam comme en Corée, au Japon comme dans le monde chinois (Chine, Taïwan, Hong-Kong, Singapour), la défense et les intérêts du groupe l’emportent sur le droit de l’individu » (https://www.causeur.fr/vietnam-coronavirus-confucius-jean-noel-poirier-175499)

File d’attente pour le test de dépistage du coronavirus - source : tuiotre.vn
Kit de détection du coronavirus « made in Vietnam » approuvé par l’OMS - source : thanhien.vn

Apports de la diaspora

On recense plus de 4,5 millions de personnes vivant, étudiant et travaillant hors du Vietnam, dans 110 pays et territoires. Les vagues successives de l’émigration vietnamienne suivent les vicissitudes de l’histoire contemporaine et actuellement la moitié environ des vietnamiens de l’étranger vit aux États-Unis (2,1 millions). Plus de 300 000 sont installés en France. Le gouvernement considère les « viêt kiêu » (vietnamiens d’outre-mer) comme « faisant partie intégrante du peuple vietnamien » et tient en haute considération leur apport intellectuel et économique à la mère-patrie. En 2018, les transferts des fonds de la diaspora s’élèvent à 15,9 milliards de dollars américains. Un organe dépendant directement du Ministère des Affaires étrangères, le Comité des Vietnamiens de l’étranger, a pour missions d’informer et de mobiliser les communautés vietnamiennes résidant à l’étranger. Une chaine de télévision vietnamienne VTV4, dédiée aux diasporas (l’équivalent de TV5 Monde) a une émission spéciale sur les communautés des Vietnamiens à l’étranger (Người Việt bốn phương, Vietnamiens des quatre coins du monde). Y sont montrés la vie des Vietnamiens de l’étranger, leur apport à la mère patrie, leur contribution au pays d’installation à travers en particulier le portrait de personnalités célèbres issues de l’immigration.

En cette période de Covid-19, on peut voir tous les jours sur les médias vietnamiens comment les diasporas la vivent, s’entraident, aident le pays d’origine et apportent leur soutien aux populations des pays d’immigration. Des restaurateurs offrent des repas aux personnels de santé, des boutiques sont transformées en ateliers de confection de masques pour la population locale.

Confection de repas - source : tuoitre.vn
Confection de masque - source : nbc news

Les dons d’argent et les envois de matériel médical affluent au Vietnam : au 27 avril, la contribution financière des Vietnamiens de l’étranger s’élève à 33 milliards de dongs vietnamiens, soit 1 320 000 euros.

Au Vietnam, le confinement a plongé tout un pan de la population urbaine dans une situation très difficile : marchands ambulants, travailleurs sans contrat, entrepreneurs familiaux... Pour leur venir en aide, la communauté vietnamienne de France a envoyé des dons d’urgence. L’Union Générale des Vietnamiens de France (UGVF) a pu récolter 12 000 euros, l’Association Internationale pour le Développement de l’Enseignement au Vietnam (AIDEV) a pour sa part envoyé 6 900 euros au Vietnam. Beaucoup d’associations et d’individus ont également aidé financièrement les démunis de leur village d’origine, ou apporté leur contribution directe à des organisations humanitaires au Vietnam.

Les communautés vietnamiennes ont aussi pensé à leurs compatriotes confinés, en particulier les personnes âgées, isolées, ou handicapées en France. En région parisienne, avec l’aide de fournisseurs vietnamiens et la mobilisation des étudiants, des produits asiatiques sont livrés à domicile aux personnes âgées.

PLATEFORME D’ENTRAIDE AUX VIÊT KIEU ÂGÉS EN PÉRIODE DE PANDÉMIE COVID 19

Devant la situation de propagation rapide du Covid 19 et suite aux mesures de confinement en France, l’UGVF crée une plateforme nationale d’entraide aux aînés de la communauté vietnamienne en France afin de leur apporter un soutien moral ou logistique.

A cette fin, l’UGVF appelle tous ses membres, fédérations et associations amis à se réunir afin constituer un réseau d’entraide national.

Si vous pouvez consacrer quelques minutes pour :

- Aider nos ainés à faire des courses de première nécessité (produits asiatiques, médicaments…)

- Prêter votre véhicule si vous n’êtes pas vous-même disponible

- Soutenir moralement nos aînés par téléphone, email, etc…

- Proposer une animation (concert, jeux, sport…) en ligne

- Faire un don pour soutenir la plateforme logistique

Et après ?

Le Vietnam, jusqu’à maintenant, n’a pas été trop affecté sur le plan social et humain, mais il est fortement tributaire du commerce mondial. Dans le contexte d’une probable récession planétaire post-pandémique, cela signifie que l'économie et le marché du travail du Vietnam seront sérieusement affectés. Saura-t-il relever les grands défis de l’après-Covid ? Saura t-il profiter de la volonté de diversification des chaines d’approvisionnement des pays européens ? Quelle que soit la capacité de résilience du Vietnam, la diaspora vietnamienne sera comme toujours à ses côtés.

Chronique rédigée par Anh Thu PHAM, membre de l’UGVF, l’union Générale des Vietnamiens de France, membre fondatrice du FORIM

Comité de rédaction : Chadia Arab, Benoit Mayaux, Jacques Ould Aoudia, Patrick Rakotomalala

Mise en forme et communication : Randa Chekroun, Pierangela Fontana

Les propos contenus dans la présente publication n’engagent que leurs auteur.e.s 

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